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LA MORT DU RECIT
Scénario de Aziz Motazedi
Adaptation libre de la nouvelle, Hadji Murad, écrit par Sadeq Hedayat , écrivain modern Iranien du 20eme siècle
Traduit par : Bahman Farman
*
© Ce scénario est soumise au droit d'auteur. Toute adaptation, sous quelque forme que soit, sans permit d’auteur est interdite.
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Aziz Motazedi Copyrithed Material
La mort du récit
Les événements se déroulent à Téhéran
Extérieur — Fin d'après-midi — Une rue
Morteza apparaît de loin. Un appareil de photo au cou et une sacoche qui pend de son
épaule. Il s’arrête devant une vieille maison luxueuse et sonne à la porte. Une servante
ouvre la porte.
Morteza: Monsieur Saraaf est-il à la maison?
La servante: Monsieur Saraaf? Quel Saraaf?
Morteza: Monsieur Saraaf alors! Mais combien de Saraaf y-a-t-il ici?
La servante: Mais d’où sortez-vous?
Morteza: Qu’est-ce que vous voulez dire par là?
La servante: Monsieur Saraaf est mort, il y a des années...
Morteza: Étrange! Alors qui habite ici maintenant?
La servante: Sa fille.
Morteza: Seulement sa fille? Mais où est donc Madame Saraaf?
La servante: Elle aussi est décédée.
Morteza: Comment? Elle n’était pas très âgée pourtant.
La servante: Ces dernières années elle avait beaucoup vieillie.
Morteza: Maintenant sa fille vit seule ici?
La servante: Oui, Madame est toujours seule.
Morteza: Puis-je la voir?
La servante: Pour quelle raison?
Morteza: Je voudrais demander sa main en mariage.
La servante: Votre nom?
Morteza: Dites-lui que c’est Morteza...
La servante: Attendez là.
La servante ferme la porte. Morteza regarde avec curiosité les alentours. La rue est vide.
Une jeune femme apparaît de loin.
Intérieur de la maison.
La servante traverse un long couloir et entre dans une grande pièce. La pièce est pleine
de meubles antiques. L’apparence est celle d’un magasin d’antiquités. Une femme
est assise devant une grande table recouverte de pendules et de réveille-matin en papier.
Elle est en train de découper du papier et du carton pour fabriquer une nouvelle montre.
Des ciseaux, du papier, une loupe, des livres et quelques branches de roses rouges sont
éparpillés sur la table.
La servante: Morteza est venu vous demander en mariage.
Sogol (Sans changer d’expression, continue son travail): Dis-lui qui je n’ai pas
l’intention de me marier.
La servante ferme la porte et emprunte à nouveau le long couloir.
Extérieur. La rue.
Soraya passe à côté de Morteza sans lui prêter attention. Elle ressemble tout à fait à
Sogol. Morteza, surpris, la fixe des yeux.
Morteza: Sogol!
La jeune femme le regarde un instant. Elle semble avoir peur et continue son chemin en
accélérant le pas. A ce moment, la porte de la maison s’ouvre.
La servante: Madame vous fait dire qu’elle n’a pas l’intention de se marier.
Morteza: Elle n’a pas l’intention de se marier. Mais comment? Nous nous étions mis
d’accord.
La servante: Voulez-vous que j’aille lui redemander?
Morteza regarde la jeune femme qui s’éloigne. La servante est dans la porte entrebâillée. La
femme s’éloigne.
Morteza: Non. Merci beaucoup. Au revoir.
Morteza court après la jeune femme. La servante ferme la porte. Morteza arrive à quelques
pas de la jeune femme.
Morteza: Hé! Où vas-tu à cette heure-ci de la journée? Arrête voir...
Soraya (Se retourne): Mais en quoi ça vous regarde où je vais? Qui êtes-vous de
toute façon?
Morteza: Qui je suis? Idiote, je vais te le dire qui je suis! Et pourquoi as-tu changé ta voix?
Avec inquiétude Soraya regarde autour d’elle. Deux piétons apparaissent de loin.
Soraya: Quel culot!. Je ne vous connais pas du tout. Si vous faites des histoires
je vais crier. Allez- vous-en...
Disant cela, elle accélère le pas. Morteza, en colère la suit comme un tigre blessé.
Morteza: Attends voir perfide! C’est clair que tu as un plan dans la tête. Je vais te
montrer, et pas besoin de changer ta voix, je t’ai reconnue tout de suite. Demain
je fais la demande de divorce.
Il essaye d’attraper la jeune femme. Soraya se glisse d’entre ses mains. En fuyant, elle se
heurte à une pierre, elle est sur le point de tomber, mais elle se redresse, se retourne et, rouge
de colère, le gifle violemment.
Soraya: Au secours, au secours, police, aidez moi! Ce fou, je ne sais pas ce qu’il veut de moi!
Soraya fuit de nouveau, en courant. Morteza la poursuit. Deux passants pressent leur pas et arrivent à leur niveau. Les portes de quelques maisons s’ouvrent et plusieurs hommes sortent.
Morteza: Tais-toi donc. Regarde le chahut que tu fais. Tu me fais honte. Je jure que je te
divorce!
Premier Passant: Monsieur, que se passe-t-il?
Deuxième Passant: Pourquoi ces cris et ce vacarme?
Morteza: Ça ne vous regarde pas, laissez-nous tranquille.
Premier Passant: Mais en fait cela me regarde. Je suis un des magistrats de
cette ville.
Soraya: De quel divorce tu parles, imbécile! Je ne sais même pas de quel enfer
tu sors, toi!
Soraya continue son chemin.
Morteza: Arrête donc! Mais elle s’en va de nouveau! Maintenant tu te promènes dans les
rues? Ne me fait pas dire...
Premier Passant: Monsieur, je vous prie, écoutez-moi une minute. Madame, vous aussi,
attendez quelques minutes. (Regardant Morteza). Cher Monsieur, il n’est pas bien de
disputer ainsi avec sa femme devant tout le monde
Soraya: Eh bien! Vous êtes débiles ou quoi! Je ne suis pas du tout sa femme.
Je n’ai jamais vu ce type.
Premier Passant: Quelle histoire! Monsieur vous êtes sûr que c’est votre femme?
Morteza: Sûr! Quoi alors, bien sûr, c’est ma femme. Elle essaye de changer sa voix!
Pendant un moment j’ai eu des doutes, mais maintenant j’en suis sûr. Et j’en ai jusqu’au là.
Deuxième Passant: Mais la dame dit qu’elle ne vous connaît pas du tout.
Morteza: Écoute mon vieux, elle dit n’importe quoi. Appelez la police et je vous le prouverai.
Soraya: Oui, appelez la police. Je vais te faire regretter ca! Tu crois qu’on est où, ici
Morteza: C’est pire que n’importe où. Je vais te le prouver, allez, avances...
Il veut empoigner Soraya, mais elle s’échappe.
Soraya: Retire ta sale main, connard. Il ne connaît pas la honte, cette fripouille.
Je vais te foutre dans une de ces merdes que tu n’oublieras pas de sitôt. Vous les gens, soyez témoins. Voyez qu’elle insulte son mari. Depuis qu’elle m’a dit vouloir divorcer, j’ai commencé à avoir des doutes. Maintenant je comprends que j’avais raison.
Des voitures. Un embouteillage s’est formé. Des klaxons bruyants.
Un Passant: Madame, venez de ce côté s’il vous plaît.
Vue de haut d’une petite foule. Soraya veut aller sur le trottoir.
Morteza: Arrête-toi. Où veux-tu fuir?
Il veut l’attraper. Elle s’enfuit. Un fort coup de poing atteint Soraya à la bouche.
Intérieur. La nuit. Chambre à coucher de Sogol.
Sogol se réveille en délirant. Elle allume la lampe de chevet. Sa bouche est ensanglantée.
Terrifiée, elle se frotte la bouche du dos de la main. Elle se lève et va à la salle de bain.
Elle allume la lampe, ouvre le robinet, et lave sa bouche. L’eau devient rouge. Sogol se
regarde dans le miroir. Il y a une petite blessure au coin de ses lèvres. Elle essuie la
blessure avec une serviette, range la serviette, éteint la lumière et s’en va au salon,
où elle allume la lampe. Bahman est assis là, en veste et pantalons, sur une chaise de
style.
Sogol: Pourquoi tu es assis dans le noir?
Bahman: Maintenant je suis dans la lumière.
Sogol: Tu as bien fait de venir. J’ai besoin de ton aide.
Bahman: Que puis-je faire pour toi?
Sogol: Avant tout, il faut résoudre mon problème avec Morteza.
Bahman: C’est une histoire idiote. Où est-il maintenant?
Sogol: Il est chez sa tante.
Bahman: Sa tante? Quelle tante ?
Sogol: Je n’en sais rien. Voila qu’il s’est trouvé une tante.
Bahman: Bon, qu’est ce que tu veux faire?
Sogol: Je veux me plaindre à la justice.
Bahman: Te plaindre? Mais pourquoi?
Sogol: Eh bien, il a quitté la maison. Il est parti et il m’a laissé avec toutes les factures sur
le dos.
Bahman: Mais pourquoi?
Sogol: Pourquoi? Parce que après toutes ces années, Monsieur veut se remarier puisque que
je ne peux pas avoir d’enfant.
Bahman: C’est très triste cette situation, je ne sais vraiment quoi dire. Nous devrons aller
lui parler. Et qui dit que tu ne peux pas avoir d’enfant? Tu es sûre?
Sogol: Oui, c’était dans la guerre. J’étais enceinte de cinq mois, la nuit où la fusée est
tombée près de chez nous. J’ai été blessée. J’ai fais une fausse couche et j’ai dû être opérée. Depuis, les médecins ont dit que je ne pourrais plus être enceinte.
Bahman: Il n’y a aucun moyen? Je veux dire aucun moyen médical?
Sogol: Non, aucun moyen. Je ne peux plus être enceinte.
Bahman: Eh bien ça, ce n’était pas prévu dans notre histoire. Maintenant il faut voir ce que je
peux en faire.
Sogol: Oui, et Morteza n’était pas tellement désagréable et infidèle. Si je l’avais mieux connu, je ne l’aurais pas épousé. Malheureusement après toutes ces années, je me suis habituée au
mec. Je l’aime, par malheur.
Bahman: Et maintenant qu’est ce qu’il suggère?
Sogol: Mais rien. Il veut prendre une autre femme.
Bahman: Il veut se séparer de toi?
Sogol: Non, c’est intéressant que Monsieur ne veuille même pas qu’on divorce.
Bahman: Bon. Adopter un enfant, c’est assez simple.
Sogol: Il ne veut pas. On ne peut même pas en parler.
Bahman: Mais comment donc! Il a tout à fait tort. On va discuter avec lui.
Sogol: Tu connais mal ton héros.
Bahman: Supposons qu’il prend une autre femme. Comment va-t-il se débrouiller financièrement?
Sogol: Je n’en sais rien. Sans l’argent de sa tante, il ne pourrait pas survivre un seul jour.
Extérieur. Jour. Avenue. Parc.
Morteza se promène sur le trottoir. Avec son appareil, il prend des photos des grandes
tours d’habitation, bâtisses luxueuses et récentes. Sogol et Bahman apparaissent de l’autre
côté de l’avenue.
Sogol: Le voilà! Il est en train de prendre des photos pour sa chère tante.
Bahman: Essayes de contrôler tes nerfs. Allez, on y va.
Ensemble ils traversent l’avenue et se dirigent vers Morteza.
Bahman: Salut, Morteza.
Tout en prenant des photos, Morteza se rend compte de leur présence.
Morteza: Salut mon grand. Qu’est ce qui vous amène par ici?
Ils marchent côte à côte, Morteza prend des photos. Sogol les suit.
Bahman: Il y a deux ou trois jours que je suis arrivé. J’ai entendu qu’il y a eu des
différends entre toi et Sogol. J’ai pensé que peut-être je pourrais vous aider à les
résoudre.
Morteza: C’est une bonne idée. J'espère que tu pourras faire quelque chose.
Sogol arrive à côté de Bahman et lui parle à l'oreille.
Sogol: Quand le moment se présentera, je lui ferai une de ces merdes dont il se souviendra.
Bahman (Faisant comme si il n’a rien entendu): J’ai appris que tu veux te remarier. Je te
souhaite bonne chance...
Sogol (En colère): Tu es de son côté ou du mien?
Bahman (Vers Sogol): Voyons voir ce qu’il dit. Ne te mêle pas, s’il te plait.
Morteza: Oui, si Dieu le veut! Tu sais, on a besoin de changement.
Sogol: Regarde, avec quel culot il te répond. Tu veux sûrement dire que le mec a
besoin de changement.
Morteza: Tu vois, Monsieur Bahman, elle ne supporte aucune parole.
Bahman: Tes paroles sont plutôt dures. Tu n’étais pas comme ça.
Morteza: Être dur vient de la faiblesse. Les femmes n’ont pas besoin d’être dures, et elles
n’ont pas besoin de changement, car elles sont le sexe supérieur.
Sogol: Tu n’as pas besoin de faire les louanges des femmes et raconter n’importe quoi. Tu
crois qu’on est des retardés ou quoi?
Morteza (S’arrête. Sourit à sa femme): Si tu cherches les conforts de la vie, alors sois forte
car par les lois de la nature ce sont les faibles qui sont piétinés.
Après avoir dit cela, il se dirige rapidement vers le parc, où des enfants sont en train de jouer au
football. Des vendeurs de ballons se promènent ici et là. Bahman et Sogol le suivent en
courant.
Bahman: Mais tu ne peux pas te remarier sans la permission de ta femme.
Morteza: Je ne ferais pas cela sans sa permission.
Bahman: Mais elle ne permettra pas. Si tu veux faire cela il faut d’abord la divorcer.
Morteza: Je ne suis pas prêt de demander le divorce parce que je l’aime toujours, mais
elle peut le faire si elle veut.
Sogol: Tu vois comme il est malin. Comme ça il ne payera pas ma pension alimentaire.
Morteza: Pas du tout. Je suis prêt à te donner un chèque de dix fois le montant de
la pension alimentaire, si tu reste avec moi. Moi, je suis amoureux de toi, je t’aime, pourquoi tu ne comprends pas?
Sogol: Que les croque-morts enterrent ton amour!
Bahman: Si tu l’aimes, pourquoi tu veux te remarier?
Morteza s’approche des enfants qui sont en train de jouer. Les plus petits courent avec
des ballons dans la main. Morteza prend des photos.
Morteza: Quand je vois ces enfants, je veux avec tout mon être en avoir moi aussi. J’en
voudrais une douzaine!
Bahman: Le monde est plein d'enfants sans parents. Maintenant, tu es riche, pourquoi tu
n’adopte pas une douzaine?
Morteza: Peut-être qu’un jour je ferai cela. Mais pour le moment j’aimerais un ou deux
qui soient les miens.
Morteza s’éloigne et prend des photos des tours d’habitation. Bahman et Sogol
s’éloignent de l’autre côté.
Bahman: Quel drôle d’histoire. Cela n’était pas dans notre récit.
Sogol: C’est le produit de ton imagination. Cette histoire, il faut que tu l’arrange d’une
façon ou d’une autre.
Bahman: Je ne savais pas quel géant maléfique de fable orientale allait sortir de cette
bouteille. Ce n’est pas lui le héros de mon histoire.
Sogol: L’édifice de notre bonheur était construit sur du sable. Je savais que nous ne
serions jamais heureux.
Bahman: Il veut mieux ne pas perdre l’espoir. Il y aura toujours un moyen de fixer
le problème.
Sogol: Quel moyen? Le laisser aller demander la main d’une autre femme. Il est riche maintenant, et dans ces conditions la réponse sera surement positive.
Intérieur. Jour. Une Galerie.
Roshanak (une jeune femme) est assise à une grande table et parle au téléphone. Sur les
murs, d’innombrables photos de tours d’habitations et de gratte-ciels modernes, encadrés
avec élégances. Parmi les tableaux, étrangement, une grande photo de Morteza même,
avec une flèche qui transperce son cœur. Bon nombre d’acheteurs se promènent en
regardant l’exposition. La tante est là, avec une liste de prix et un catalogue à la main.
Elle répond aux questions des acheteurs.
Une Dame: Excusez-moi, celui-là est à combien ?
La Tante (allant vers elle): Numéro 28, laissez voir..., trois cents soixante-quinze millions.
La Dame: pas de réduction?
La Tante: Mais vous ne marchandez jamais.
La Dame: Celui-là paraît un peu cher. (Elle rit) après tout j’ai la tête dans les calculs.
La Tante: C’est le modèle “Or”. Nous avons aussi le “Pourpre” qui est un peu moins
cher et plus convenable pour les dames.
Un monsieur: Excusez-moi, celle-là est à quel prix?
La Tante: Permettez moi, la tour “Violette”, numéro 33. Vous avez beaucoup de goût.
Trois-cents et quatre-vingts dix millions.
Autre monsieur: Celle-ci est à combien?
La Tante: Celle-ci est dans le même ordre. Bien sûr les fondations sont plus solides. Pour
vous, ce sera quatre-cent soixante.
Roshanak (Parlant au téléphone): Oui, dit à papa que Morteza viendra ce soir pour lui
demander ma main. Nettoie et range la maison s’il te plaît, et toi, mets une belle robe,
allez pour le moment, à tout à l’heure alors.
Roshanak raccroche. Le téléphone sonne de nouveau. Elle reprend le récepteur.
Roshanak: Bonjour... Oui... Non, malheureusement elle est très occupée... Oui, très
bien. Non, je m’excuse. Nous ne pouvons plus garder les crevettes en congelés, et pour
le moment, les aiguilles ne vendent pas bien. Au sujet du lait condensé, il faudra lui demander à
elle... J’ai dit qu’elle n’a pas le temps maintenant. Oui, certainement, je laisserai un message.
Elle raccroche, prend son sac à main et se dépêche vers la tante, qui discute avec
un jeune couple d’acheteurs.
La Tante: Au quartier Nord de la ville, vous dites que cinq-cent soixante-dix millions c’est
trop cher? Laissez-moi vous dire que les colonnes sont incrustées de lamelles d’or,
et de dorures qu’on retrouve aussi bien dans les robinets, je crois.
Roshanak: Tante, chérie, au revoir, je dois vite partir. J’ai peur que Morteza n’arrive avant
moi.
La Tante (l’embrasse): Vas ma chérie. Je te souhaite bonne chance. Prends soin
de toi. (Roshanak s’en va. La tante se tourne vers les acheteurs). En tout cas, je serais à
votre disposition. Je pourrais même vous faire un bon rabais.
Le Monsieur: Combien par exemple?
La Tante: Par exemple vingt de moins.
Une Dame: Vingt millions.
La Tante: Ah non! Vingt milles. Combien pensez-vous qu’est notre marge de profit?
Le Monsieur: Vous plaisantez sûrement? Qu’est ce que vingt-mille, dans une affaire de ce
genre?
La Tante: Bon, payez le montant total et nous payerons les taxes et le notaire. Ça sera à votre
avantage.
Elle s’éloigne et s’approche d'un autre groupe d’acheteurs.
La Tante: Je suis à votre service, chers amis, que puis-je faire pour vous?
Fade Out
Extérieur. Jour. Une rue.
Bahman et Sogol sont sur le trottoir. Un taxi s’arrête à leur hauteur. Ils y montent.
Sogol (Au chauffeur): Ce monsieur revient de l’étranger. Montrez-lui les
lieux touristiques de la ville.
Le Chauffeur: Avec plaisir. Quels endroits voudriez-vous plutôt voir?
Bahman: Cela n’a pas d’importance. Montrez-nous ce que vous voulez.
Le Chauffeur: Puis-je vous demander votre profession, s’il vous plaît?
Bahman: Je suis écrivain.
Le Chauffeur: Alors, je vous amène à la Bibliothèque Nationale.
Bahman: Non, je ne veux pas voir la Bibliothèque.
Le Chauffeur: Le musée alors?
Bahman: Le musée ne m’intéresse pas.
Morteza passe sur le trottoir. Il prend des photos des tours d’habitation.
Sogol: Regardes! C’est Morteza. Comme d’habitude, il prend des photos.
Bahman: Où ça? Je ne le vois pas.
La voiture passe en vitesse à côté de Morteza.
Le Chauffeur: Ici monsieur, regardez. Ici ce ne sont que des tours et des gratte-ciels. Le maire a fait du bon travail. Regardez ces espaces vertes.
Bahman: Oui, tous ces parcs, ces gazons, ces autoroutes, ces tours...
Le Chauffeur: Tout cela, c’est le travail du nouveau maire. C’est un vrai mec.
Bahman: Le précédent n’était pas si mauvais non plus.
Le Chauffeur: Lequel?
Bahman: Celui qui est venu en 63, j’oublie son nom.
Le Chauffeur: Ah Monsieur, il y en a eu une centaine depuis ce temps-là.
Bahman: Eh bien. Je disais que cela fait très longtemps que je ne suis pas revenu au pays. Regardes ces tours. Il me semble que c’est tout du nouveau.
Le Chauffeur: Oui, tout est nouveau. Et puis alors, vous n’avez pas vu la tour Blanche, et
la tour de l’Aube. Mais comme ça vous ne verrez pas grande chose, même si vous vous
promeniez cinq jours en taxi, vous ne verrez pas la moitié de la ville. Et puis le taxi,
coûtera cher. Voulez-vous que je vous amène plutôt à l’exposition?
Sogol: Oui, l’exposition des tours. Quelqu’un expose de photos de tours. Ça doit être
tout près d’ici.
Bahman: Ce n’est pas une mauvaise idée. Allons là bas.
La voiture passe quelques avenues et s’arrête devant la galerie de la Tante. Sogol et
Bahman descendent.
Intérieur. Jour. Galerie.
Sogol et Bahman entrent. Beaucoup de visiteurs et de clients sont là, ils regardent les
tableaux et discutent. La Tante est assise à la grande table au bout de la galerie, à la place
de Roshanak. Elle parle au téléphone. Sogol et Bahman s’approchent et la saluent. Tout
en parlant au téléphone elle leur indique des chaises pour s’asseoir. Ils s’asseyent.
La Tante: Le lait condensé va très bien. Achète tout ce qu’il a, sans marchander. Guigoz,
Nestlé, tout. Les cosmétiques... Non, déjà trop sur le marché. Et puis, les crevettes vont
se gâter, remplies les formulaires de douane tout de suite. Achète un container d’eau de
Cologne, et rappelles-toi que la semaine prochaine nous devons envoyer quatre containers de ballons en plastiques pour l’Afrique, Mets-toi au travail. Merci. On se parlera encore.
Elle raccroche et sourit à Sogol et Bahman.
Bahman: Vous vous portez bien?
La Tante: Oui, merci!
Sogol: Vous êtes seule?
La Tante: Oui, ma secrétaire a dû quitter plutôt aujourd’hui. Quelques affaires
personnelles.
Bahman: Tout va bien j'espère.
La Tante: Je suis à votre service.
Bahman: Il y a combien d’années que vous avez commencé votre galerie?
La Tante: Deux ou trois ans seulement. Mais les affaires sont bonnes. Dieu soit loué.
Bahman: Cela fait combien de temps que vous êtes la tante de Morteza?
La Tante: Je ne comprends pas votre question?
Bahman: C’est qu’avant Morteza n’avait pas de tante.
La Tante (Les regarde et sourit) Ah! Vous devez être l’écrivain qui est venu de l’étranger.
Soyez le bienvenu.
Sogol: Bahman est venu m’aider, pour ramener Morteza à la raison.
La Tante: Ma fille! Tu as déjà dit que tu le réduirais à un insecte. Tu n’as pas besoin de ce Monsieur.
Sogol: Très sérieusement je ferais cela. J’ai fait de mauvais rêves pour lui. Je vous
averti... (Elle sanglote, la Tante lui offre un mouchoir).
La Tante: Il vaut mieux te contrôler ma chérie. Ce n’est pas la fin du monde. Tu es encore
jeune et tu as une longue vie devant toi. Tu es une fille éduquée. Avec la coût élevé de la vie et l'inflation, tes revenus te suffisent à peine. Jusqu’à quand est-ce que tu veux être
une maîtresse de chant? Si tu t’arrange avec Morteza, je te donnerais toutes sortes de
possibilités, des concerts, des voyages, la possibilité de développer ton talent. Je te
trouverai un imprésario, on fera de la publicité, tu seras célèbre, en première page des
grands quotidiens. Je ferais de manière que tu aille deux mois en Amérique, trois mois ici et six mois en Europe. Pourquoi tu t’entêtes? (Vers Bahman) Dites-lui!
Bahman: Mais je suis venu ici pour vous prier de parler à Morteza.
La Tante: Que puis-je dire, cher Monsieur? Vous n’étiez pas ici toutes ces années. Vous
ne connaissez pas les vraies conditions de notre vie. On a eu la guerre. Morteza n’est plus
le simple gosse que vous connaissiez. Il a beaucoup changé. Nous avons tous beaucoup
changé. On doit s’adapter aux conditions.
Bahman: Vous vous êtes très bien adaptée aux conditions?
La Tante: C’est clair. Vous vouliez que je ne fasse rien et que je meure de faim. Mon
mari m’a quitté. J’ai eu toutes sortes de haut et de bas avant d’arriver ici, vous croyez que
je n’ai pas de sentiments pour cette enfant. Je vous jure que j’ai de la peine pour elle,
mais que puis-je dire à Morteza? Lui aussi a été frappé par la guerre. Son comportement a
changé, il a des idées en tête, il veut des enfants. Il dit que les enfants sont la suite de
notre vie, et ce genre d’idioties... qu’est ce que je peux bien lui dire?
Fade out
Extérieur. Après-midi. La maison de Roshanak.
Morteza apparaît du fond de la rue, son appareil de photo au cou. En avant plan il s’arrête
devant la porte d’une maison et sonne. Une servante ouvre. Sans dire un mot, Morteza
entre dans un corridor sombre, la porte se ferme. -Musique. -
Intérieur. Après-midi. Le salon des parents de Roshanak.
Le père et la mère sont assis face à face. Roshanak est assise sur une haute chaise à côté
de sa mère. La porte est à deux battants comme dans les films Western. Morteza ouvre et
entre agressivement. Il s’assise en face des parents de Roshanak. La servante entre, en
apportant des tasses de thé. Très rapidement elle dépose les tasses devant chaque
personne et sort avec la même rapidité.
Morteza: Je suis venu demander la main de Roshanak en mariage.
Le Père: Quelle est votre profession?
Morteza: Photographe.
La Mère: Vous avez sans doute un bon salaire.
Morteza: Pas du tout. Je travaille à mon compte.
Le Père: Mais comment vous survivez?
Morteza: Je n’ai pas de problème financier.
La Mère: Comment?
Roshanak: Sa tante est très riche. Elle a dit qu’elle nous donnera tout l’argent nécessaire.
La Mère: Mais cela ne peut pas durer pour toujours.
Morteza: Pourquoi cela ne peut pas durer?
La Mère: Eh bien votre tante ne sera pas toujours vivante. Vous devriez avoir un revenu.
Morteza: Ma tante n’est pas vieille. Et si par malchance elle venait de mourir, toute sa
fortune serait à moi.
Le Père: Elle n’a pas d’enfants?
Morteza: Non, je suis le seul héritier.
La Mère: Elle ne s’est jamais mariée?
Roshanak: Oui, mais elle s’est séparée de son mari.
Le Père: Je suis désolé. Ils n’étaient probablement pas compatibles.
Morteza: Le mari voulait vivre à l’étranger, mais ma tante ne voulait pas. Alors ils
se sont séparés. Il a laissé à ma tante tout l’argent qu’il avait dans les banques, et il est allé vivre dans son paradis fiscal à l’étranger.
Le Père: Aussi simple que ça?
Morteza: Oui, aussi simple.
Roshanak: Maman, je t’en prie, ne demande pas tant de questions. Il va changer d’avis.
La Mère: Mais nous n’avons rien dit.
Le Père: Et si votre tante décide un jour de se remarier. Quelle sera votre situation? On ne
peut pas construire une vie sur le choix des autres.
Morteza: Ma tante ne va jamais se remarier.
La Mère: Comment êtes-vous si sûr?
Morteza: Elle s’est mariée une fois, et cela c’est soldé par un échec. Il n’y a pas de chance pour qu’elle répète l’expérience.
La Mère: Mais vous aussi, vous avez été marié une fois, et vous voulez refaire
l’expérience.
Morteza: Pour moi, c’est une autre situation.
Le Père: Bon, il est possible que la situation de votre tante change un jour.
Morteza: Non, sa situation ne changera jamais.
La Mère: D’où le savez-vous?
Morteza: Les femmes après le divorce... il vaut mieux qu’elles ne se remarient pas!
La Mère: C’est votre opinion?
Morteza: Non, c’est aussi l’opinion de ma tante. Appelez-la si vous voulez.
La Mère: Et que pense votre épouse?
Morteza: Sogol n’est pas d’accord avec moi.
La Mère: Peut-être qu’elle a raison.
Morteza: Mais je ne veux pas me séparer d’elle.
La Mère: Mais vous êtes venu demander notre fille en mariage.
Morteza: Mon idéal est d’avoir deux femmes. (Il boit d’un coup sa tasse de thé. Se lève et
en partant dit a Roshanak): Je pensais que tu avais déjà parlé à tes parents (Vers les
parents de Roshanak) Décidez-vous. Si vous êtes d’accord dites à Roshanak
d’arranger les fiançailles avec ma tante pour la semaine prochaine!
Il sort.
Extérieur. Crépuscule. La rue.
Morteza sort de la maison de Roshanak. Il se hâte de partir. Deux agents de police lui
barrent la voix.
Premier Agent: Monsieur Morteza?
Morteza: Oui!
Premier Agent: Vous êtes sous mandat d’arrêt, pour avoir battu une femme.
Morteza: C’est sûrement une erreur. Je ne sais pas qui vous êtes?
Fade Out
Intérieur. Jour. Classe de chant.
Sogol donne des leçons à des jeunes filles. Une jeune fille est sur scène prête à répéter un
programme devant la classe. Sogol met un disque sur le tourne-disque. La fille chante en
accompagnant la musique. Sogol corrige ses erreurs.
Sogol: Ici tu dois chanter fort, comme ceci (Elle chante), ici à voix basse, écoutez toutes
très bien, j’ai souvent dit la voix doit sortir des poumons et du ventre, ne pressez pas sur
les bronches. Une voix pure sort du fond de l’être. Vous prenez de l’air dans les
poumons, autant d’air dans les poumons que vous pouvez et vous suivez avec force les
notes hautes. Les bronches et la gorge sont seulement des portails pour la sortie de l’air.
Maintenant une autre fois...
Elle recommence la partition, la fillette chante...
Extérieur. Jour. Avenue.
Un taxi s’arrête devant la porte de l’école. Bahman sort du taxi et entre dans la cour.
Intérieur. Jour. Un long couloir.
Bahman s’avance vers la classe de chant. On entend de la musique et le chant. Bahman
salue un des maîtres dans le couloir et va vers la classe. Il entre.
Sogol: Bien, ce n’était pas trop mauvais. Maintenant je chanterai la partie en alto...
Sogol chante, Bahman s’approche d’elle. Sogol arrête le chant. Bahman lui parle à l'oreille.
Bahman: Morteza a été arrêté. Je pense que ton rêve se réalise. Nous avons été convoqués
comme témoins.
Sogol: Quand cela?
Bahman: Maintenant.
Sogol: Mais j’ai ma classe.
Bahman: Arranges-toi d’une manière ou d’une autre. L’affaire est très importante.
Sogol (Vers la classe): Bon, les enfants, continuez vos répétitions jusqu’à mon retour.
(Elle montre la fille qui chantait) Shadi est responsable de l’ordre de la classe. Vous
l’écouteriez ou vous serez punies...
Elle prend son manteau, et avec Bahman ils sortent de la classe. Aussitôt partis, le chahut
commence dans la classe, les élèves se bagarrent, c’est le chaos.
Extérieur. Jour. Avenue.
Sogol et Bahman montent en taxi. C’est le même chauffeur qui leur avait montré la ville.
Chauffeur: Vous voulez encore voir les tours?
Bahman: Non, cette fois nous voulons aller à la cour de justice.
Chauffeur: A vos ordres.
La voiture passe en vitesse les rues, flanquées de tours multicolores.
Intérieur. Jour. Le tribunal.
Le chef du tribunal, le premier piéton du début du film, est assis en juge. Morteza est
assis à l’emplacement des accusés, gardé par les deux agents qui l’ont arrêté. Le
secrétaire du tribunal prend des notes. Un garde est debout devant la porte de la cour.
Le Juge: Vous êtes accusé d’avoir frappé cette dame en la prenant pour votre épouse.
Morteza: Ce n’est pas vrai. Cette dame est mon épouse!
Le Juge: Alors, vous n’avez pas encore changé d’avis. (Vers Soraya). Madame êtes-vous
l’épouse de ce Monsieur?
Soraya: Non Monsieur le Juge. Je ne connais pas du tout cette personne.
Morteza (En criant): Elle ment, Monsieur le Juge, elle est ma femme.
Extérieur. Jour. Autoroute.
Sogol et Bahman sont assis dans le taxi. Le trafic sur l’autoroute est lourd. Le chauffeur
avec des manoeuvres serrés, dépasse quelques voitures.
Bahman: Soyez prudent, vous avez failli faire un accident.
Le Chauffeur: Ce n’est pas ma faute. Il y a trop de voitures sur la route.
Bahman: Peut-être qu’il vaut mieux ne pas se dépêcher.
Sogol: En quoi ça vaut mieux? Qu’on arrive au tribunal en retard? Juste quand mon
rêve commence à se réaliser. Non, Monsieur, allez plus vite. Maintenant que nous
sommes ici, il faut arriver à temps.
Intérieur. Jour. Le tribunal.
Le Juge: Comment pouvez-vous prouver que cette dame est votre épouse?
Morteza: C’est très simple Monsieur le Juge. Si cette dame n’est pas mon épouse, qui
donc est mon épouse?
Le Juge: C’est précisément la question que nous allions vous demander.
Morteza: Et maintenant c’est moi qui vous la demande.
Extérieur. Jour. La rue.
Le taxi s’arrête devant le tribunal. Sogol et Bahman descendent en vitesse.
Sogol: Attendez-nous ici. (Vers Bahman) dépêche-toi.
Sogol et Bahman entrent à grands pas au tribunal.
Intérieur. Jour. Le tribunal.
Le Juge: Votre épouse, Madame Sogol a été appelée à se présenter devant ce tribunal.
Mai elle ne s’est pas présentée.
Cette dame-ci a porté plainte comme quoi vous avez prétendu qu’elle
était votre femme et l’avez battue en présence de plusieurs témoins, y
compris moi-même.
Morteza: C’est son stratagème et son imagination. Elle a souvent menacé qu’elle ferait un insecte de moi, et maintenant elle tisse cette toile de mensonges pour me piéger. C’est bien elle ma femme.
On entend les pas pressés de Sogol et Bahman et des voix inaudibles. On frappe à la
porte de la cour. Le garde ouvre la porte. Des voix. Le garde ferme la porte et vint parler
à l'oreille du juge qui lui donne des instructions. Le garde retourne.
Le Juge (A voix haute): Prière de faire entrer l’épouse de Morteza!
Le garde ouvre la porte. Sogol et Bahman entrent. Au coin de la bouche de Sogol il y a
un petit pansement médical. Morteza ahuri regarde sa femme, puis se retourne et regarde
Soraya.
Le Juge: Prier de vous asseoir Madame, et vous aussi, Monsieur.
Sogol et Bahman prennent de chaises sur le côté.
Morteza: Je n’y comprends plus rien! Est-ce que j’ai deux femmes?
Bahman: Si Dieu le veut, peut-être même trois. Pour le moment tu as complètement ruiné
mon récit.
Morteza (Vers Bahman): Mais alors, quelle fourberie! D’où est-ce qu’elle sort celle-là.
Bahman: Eh bien elle était dans la première version du récit, plus tard je l’ai effacée. Non, en fait je ne l’ai pas supprimée, je l’ai envoyée dans un autre récit.
Morteza: Et maintenant? Pourquoi tu l’amènes ici?
Bahman (En colère): Je ne l’ai pas amenée ici. C’est toi qui es allé la trouver, et tu l’as
frappée à la bouche.
Morteza: Je n’ai pas fait cela (Montrant Sogol), c’est elle qui a rêvé cet incident.
Bahman: De toute façon, ce n’est pas de ma faute.
Soraya: Je crois que Morteza a raison. (Regardant la caméra). En vérité, qu’est ce que je
fais dans ton histoire?
Morteza (Vers Sogol): Cela veut dire que tu avais une soeur jumelle?
Sogol (Indifférente et nuisible): Jusqu’à ce jour, je ne le savais pas moi-même!
Morteza (Étonné, vers le juge): Vous voyez bien, elle n’est pas n’importe qui. Bon, moi
je me suis trompé, permettez-moi de partir (L’air un peu moqueur en regardant Soraya) et je demande pardon à la sœur de mon épouse!
Sogol: Tu demandes pardon. Si simple que ça? Et tu iras te marier avec Roshanak. Mais
dans quel bled tu crois que nous vivons. Je vais te montrer, toi.
Morteza: Vous voyez Monsieur le Juge, vous voulez faire la justice pour cette dame? A elle seule elle peut combattre une armée.
Le Juge (Vers Bahman): Quand ces deux se sont rencontrés, est ce que vous aviez bien
étudié leurs caractères?
Bahman: Oui, mais en vérité je suis assez déçu par leur situation actuelle. Surtout
Morteza. Dans les années que j’écrivais ce récit, il était un intellectuel bien plus éclairé.
Morteza: Ça dépend de ce que vous nommez éclairer. Vous, les écrivains prétentieux,
vous parlez du respect et de l’affection que vous avez pour vos personnages, mais moi qui pour des raisons judicieuses, veux épouser une autre femme, vous ne me respectez pas.
Bahman: Ton problème n’est pas seulement que tu veux te remarier, tu n’es pas prêt à
divorcer ta femme d’une juste manière. Si tu veux te marier vas-y, mais d’abord il faudra
divorcer Sogol.
Morteza: Pourquoi dois-je la divorcer? Est-ce que j’ai jamais été un mauvais mari? Est-ce que je n’ai jamais été avare devant ses dépenses? Est-ce que je ne lui ai pas donné de l’argent pour ouvrir sa propre classe de chant? Est-ce que je n’ai pas encouragé ma tante à l’envoyer à Paris?
Sogol: Toi! Donner de l’argent? Tu ne peux pas vivre un jour sans l’aide de ta tante.
Morteza: Est-ce que ma tante ne t’a pas proposé de t’envoyer voyager à l’étranger? Est-ce
que c’est un péché d’avoir une tante riche?
Le Juge: Avoir une tante riche n’est absolument pas un délit. Vous avez cinq minutes
pour faire vos dernières défenses.
Morteza: Merci beaucoup. Je n’ai pas grande chose à dire car ce tribunal n’est pas réel.
Le Juge: Alors, nous commençons nos délibérations.
Sur la tribune on voit une revue littéraire et des menottes. Le juge commence à lire la
revue. Le désordre règne au tribunal. Tout le monde parle, y compris les agents. Morteza
regarde Soraya.
Morteza: D'ailleurs où étiez-vous jusqu’à avant-hier? Vous savez que vous gâchez mes
chances de me remarier.
Soraya: J’étais dans un autre récit de Bahman. J’allais visiter une amie, quand tu t’es
soudain poussé sur mon chemin et tu m’a frappé à la bouche.
Morteza: Moi! Je t’ai frappé? Pourquoi tu mens?
Le Juge (ferme la revue et frappe la table avec les menottes): Cher Monsieur, cette dame
ne mens pas. Vous avez commis ce délit en présence de plusieurs témoins. Moi, Je vous
condamne à deux mois de prison sans sursis.
Morteza: Prison? Sans sursis? Vous n’avez pas le droit de faire ça. (Il se lève et attaque
Soraya) Je ne l’ai pas fait, mais maintenant je le ferais...
Il veut frapper Soraya, mais les agents l’empêchent. Le juge lance les menottes vers un
des agents qui l’attrape. Il veut arrêter Morteza mais celui-ci le frappe et s’enfuit.
Le Juge: Arrêtez-le. Ne le laissez pas fuir du récit!
Morteza court vers la sortie. Le garde essaye de le rattraper mais n’y arrive pas. Morteza le frappe et sort du tribunal. Les gardes le poursuivent pistolets en mains.
Sogol (Vers Bahman): Regardes, il fuit comme un cafard!
Extérieur. Jour. La rue.
Morteza sort du tribunal et court sur le trottoir. Le taxi qui attendait Sogol et Bahman est
garé près du carrefour. Morteza entre dans le taxi à côté du chauffeur et le secoue.
Morteza: Vite, vite. Nous devons fuir de ce piège.
Le Chauffeur: Quel piège? Que racontez-vous là, Monsieur? J’attends des passagers.
Les gardes arrivent, on entend une voix qui hurle “Stop” et un coup de feu.
Morteza: Je te dis vite, démarre, je te donnerais ce que tu veux, fait vite.
Le Chauffeur: Aller où, mon vieux? J'attends des passagers. Allez hop, descends et
poursuis ton chemin avant qu’ils ne fassent une passoire de ma voiture.
Morteza: Idiot! Je te dis de fuir. Ils nous poursuivent. Ce n’est pas le moment
pour discuter.
Un agent arrive d’une rue de côté et, pistolet à la main, s’arrête devant le taxi.
Agent: Ne bougez pas, ou je tire. Arrête le moteur. Descendez, les mains sur vos têtes,
doucement! Le chauffeur suit les instructions de l’agent.
Morteza: Connard! Où est-ce que tu vas, attends voir!
Morteza veut prendre la place du chauffeur, mais celui-ci jette les clefs de la voiture au
milieu de la rue, met ses mains sur sa tête et se dirige vers l’agent. Morteza prend une barre en acier, sous le siège du chauffeur, saute de la voiture et fuit. L’agent crie halte, mais Morteza fuit en courant. L’agent tire et atteint Morteza au pied. La barre en acier tombe de sa main avec grand bruit et il bouscule. A plat ventre et en peine il s’approche vers la barre d’acier. L’agent arrive à sa hauteur, il veut lui mettre les menottes, mais Morteza prend la barre et frappe l’agent qui tombe. Morteza se lève et fuit. Le deuxième agent sort d’une rue et crie halte. Morteza continue à fuir. Coup de feu. Il est de nouveau atteint au pied, et culbute au sol. Plusieurs agents s’approchent de lui, il est attentif, aussitôt qu’une voiture va passer entre lui et les agents, il se lève et recommence à courir. Un des agents tire un autre coup de feu. Morteza est atteint au coeur et se fige dans une pose similaire au tableau qui se trouvait dans la galerie de sa tante, où une flèche l’avait atteint au coeur.
Fade out
Extérieur, jour. Parc et lac
De loin, Sogol et Bahman se promènent dans les bois. Sogol a une valise à la main. Ils passent sur un pont qui traverse une partie du lac. On entend le chant des oiseaux. Sogol ouvre sa valise et une à une jette les horloges en papier dans l’eau.
Sogol: Dans ces années d'exil, as-tu écrit de nouvelles histoires?
Bahman : No, je pensais l’age du récit est passée.
Sogol : Mais pourquoi?
Bahman: On n’est pas tous des « Nabokov »s.
Sogol: Comment était-il? Nabokov je veux dire.
Bahman: Eh bien il chassait des papillons et je pense qu’il chassait ses caractères de la même façon.
Sogol: Mais les hommes ne sont pas des papillons.
Bahman: (riant): Oui, mais si on les laisse ils volent d’une histoire à une autre.
Sogol: Les hommes s’en volent que dans les rêves.
Bahman: Le rêve où Morteza s’y perde... je pense que j’ai eu tort de le détruire.
Sogol : Je suis d'accord avec toi, mais on n’avait pas le choix. Il était devenu très macho et chauviniste.
Bahman: J’aurais pu lui parler. On s’est trop pressé.
Sogol: Penses-tu?
Bahman: Oui.
Morteza en souriant apparaît de loin, son appareil de photo au cou.
Bahman: Allons lui parler.
Sogol: Non, laisse-le, je ne suis pas prête.
Bahman: Je suis sûr qu’il te manque, écoute ton cœur.
Sogol: Tu veux dire une histoire qui finisse bien. C’est ridicule.
Bahman : Je veux dire tout dépend a vous deux
Sogl: D’accord, mais à condition qu’il ne parle plus de la fille.
Bahman: Quelle fille?
Sogol: La secrétaire de sa tante quoi. Je ne lui permets pas...
Bahman: Bon, moi non plus. Mais en fait, sa tante n’était pas si mauvaise que ça.
Sogol: Je suis prête à lui donner une nouvelle chance, à condition qu’il regrette le passé.
Bahman: Bien sûr, personne ne veut faire du mal à son aimée.
Sogol: Mais s’il veut faire du mal, je vais lui inventer une nouvelle calamité.
Bahman: C’est parfois les conditions qui rendent les gens mauvais. Il parait qu’il aimerait en résister.
Morteza s’approche de plus en plus et joyeux, il fait des signes de la main. Sogol va vers
lui. Bahman rest avec la valise.
Sogol: Comme il marche bien. Je sens que je l’aime beaucoup.
Bahman: Lui aussi il t’aime. Regarde avec quelle joie il s’approche.
Sogol (se retournant et fixant Bahman avec curiosité): Tu ne viens pas ?
Bahman: Moi! Où ça?
Sogol: Tu dois être à nos côtés. Nous avons besoin de toi.
Bahman: Vous n’avez aucunement besoin de moi.
Sogol: Tu vas aller à l’étranger?
Bahman: Non.
Sogol: Alors tu reste ici?
Bahman: Je ne sais pas.
Sogol: A quoi tu penses?
Bahman (Regardant le mouvement des horloges en papier sur l’eau): Je pense à un nouveau récit à tort ou à raison…
FIN
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© Ce scénario est soumise au droit d'auteur. Toute adaptation, sous quelque forme que soit, sans permit d’auteur est interdite.